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Publié le par Milinfo
Publié dans : #Véhicules&Matériels, #Les miniatures de Gendarmerie

 

Les VAB bleus de la Gendarmerie au Liban

Trois blindés pour protéger les emprises diplomatiques françaises

Texte : ChL – Milinfo.org

 

Les VAB bleus employés par la Gendarmerie nationale au Liban au milieu des années 1980 constituent un épisode méconnu de l’histoire des forces françaises à l’étranger. Trois Véhicules de l’avant blindé (VAB)? transport de personnel, appartenant à l’Armée de terre et prêtés à la Gendarmerie mobile, ont été utilisés pour assurer la protection des emprises diplomatiques françaises à Beyrouth, dans un contexte de guerre civile particulièrement violent.

 

 

Repeints en bleu gendarmerie et dotés de marquages spécifiques, ces blindés conservaient néanmoins leurs caractéristiques militaires, notamment leur armement d’autodéfense.

 

Les noms de baptême de ces véhicules — Villodrigo, Hondschoote et Villeneuve-d’Ascq, ce dernier ayant ensuite été rebaptisé Cherbourg — témoignent également de leurs liens avec l’histoire de la Gendarmerie nationale et les unités chargées de leur mise en œuvre. Les immatriculations qui leur sont associées sont les suivantes : 6803-0611, 693-0359 et 693-0354. Si plusieurs éléments sont documentés, certaines correspondances entre les véhicules, leurs appellations et leurs périodes d’emploi demandent encore à être confirmées (voir plus bas).

 

VAB Gendarmerie 693-0354 – Villeneuve d'Ascq - Archives Didier Lecru

 

Le Liban au début des années 1980 : un contexte sécuritaire dramatique

 

Au début des années 1980, le Liban demeure plongé dans une guerre civile qui oppose de nombreuses factions armées et entraîne une dégradation constante de la situation sécuritaire à Beyrouth. Après l’invasion israélienne de 1982 et les massacres de Sabra et Chatila, une Force multinationale de sécurité à Beyrouth (FMSB) est déployée afin de contribuer à la stabilisation de la capitale.

 

La France participe à ce dispositif avec des militaires engagés dans le cadre de l’opération Diodon. Les effectifs français atteignent jusqu’à 2 000 hommes, issus notamment des régiments de chasseurs parachutistes, dont les 1er et 9e RCP, des troupes de marine et de la Légion étrangère. Ils tiennent des postes de contrôle, assurent la sécurité de secteurs sensibles et participent à la protection de points stratégiques.

 

À partir de l’été 1983, les forces de la FMSB sont de plus en plus directement prises pour cible. Les positions françaises subissent des tirs d’artillerie et des bombardements, tandis que les militaires doivent composer avec les tirs de snipers et les affrontements entre milices.

 

Le 23 octobre 1983, un attentat-suicide au camion piégé détruit l’immeuble Drakkar, qui abrite le quartier général et le cantonnement de la 3e compagnie du 1er RCP. L’effondrement du bâtiment entraîne la mort de 58 parachutistes français. Quelques minutes auparavant, une attaque similaire a frappé le cantonnement des Marines américains. Ces attentats marquent profondément l’engagement occidental au Liban et précipitent le retrait de la force multinationale au début de 1984.

 

 

La Gendarmerie nationale est, elle aussi, directement confrontée à la violence du conflit. Le 24 mai 1982, une voiture piégée vise l’ambassade de France à Beyrouth. L’attentat fait onze morts, dont l’épouse de l’ambassadeur, et plusieurs gendarmes chargés de la sécurité du site sont blessés.

 

La protection des représentations françaises demeure donc une mission particulièrement exposée, qui nécessite des moyens adaptés à la situation locale.

 

Photo de François-Xavier Roch (ECPAD)

 

Mars 1984 : des VAB de l’Armée de terre confiés à la Gendarmerie

 

La gendarmerie mobile est traditionnellement chargée de la protection des emprises diplomatiques françaises à l’étranger. À Beyrouth, ses personnels assurent la sécurité de plusieurs implantations, parmi lesquelles la Résidence des Pins, ancienne ambassade et lieu historique de cantonnement des gendarmes, le consulat situé rue Clemenceau, à Beyrouth-Ouest, ainsi que des représentations diplomatiques déplacées vers des secteurs contrôlés par les forces chrétiennes, notamment à Mar Takla ou à Baabda.

 

Les déplacements entre ces sites deviennent particulièrement dangereux. Les véhicules légers et les camionnettes ne procurent pas une protection suffisante face aux tirs d’armes légères, aux snipers et aux bombardements. Les relèves de garde, les liaisons entre les emprises et les déplacements des autorités diplomatiques doivent pourtant continuer.

 

C’est dans ce contexte que, en mars 1984, l’Armée de terre met trois VAB à la disposition de la Gendarmerie. Ces véhicules de transport de personnel, en configuration 4x4, ne sont pas des blindés spécialement conçus pour la Gendarmerie : ils proviennent du parc de l’Armée de terre et sont adaptés à leur nouvelle mission.

 

Le déploiement intervient alors que les contingents de la force multinationale quittent progressivement Beyrouth, leur départ étant achevé le 31 mars 1984. La Gendarmerie mobile demeure cependant présente pour assurer la protection des emprises diplomatiques françaises.

 

Les VAB permettent de sécuriser les déplacements entre les différents sites, d’acheminer les personnels lors des relèves de garde et de renforcer les dispositifs de protection aux abords des bâtiments officiels. Stationnés devant les grilles des représentations, ils peuvent également servir de protection blindée aux sentinelles et de points d’appui en cas de tirs.

 

Ils sont aussi employés pour les escortes de sécurité et les déplacements de l’ambassadeur de France ou de hautes autorités diplomatiques dans une capitale profondément divisée.

 

 

Des VAB kaki repeints en bleu gendarmerie

 

À l’origine, les trois blindés arborent la livrée kaki de l’Armée de terre. Ils sont ensuite repeints en bleu gendarmerie, couleur qui permet de les identifier comme des véhicules employés par la Gendarmerie nationale.

 

Leur nouvelle apparence comprend notamment le marquage blanc « GENDARMERIE FRANÇAISE » sur les flancs et la grenade à huit branches, emblème traditionnel de l’institution. Dans un second temps, les véhicules reçoivent également de grands drapeaux tricolores peints sur l’avant et les côtés, afin de rendre leur identification plus évidente dans un environnement où se côtoient de nombreuses factions armées.

 

VAB Gendarmerie 693-0354 – Villeneuve d'Ascq - Archives Didier Lecru

 

Trois VAB, trois noms de baptême

 

Les équipages attribuent aux blindés des noms de baptême liés à des victoires historiques inscrites dans la tradition de la Gendarmerie ou à des localités associées aux unités utilisatrices.

 

Les éléments que nous avons recueillis pour Milinfo font apparaître trois appellations initiales : Villodrigo, Hondschoote et Villeneuve-d’Ascq. Les immatriculations rapportées sont respectivement 6803-0611, 693-0359 et 693-0354.

 

-6803-0611 – Villodrigo :

 

Ce Renault VAB, transport de personnel, est associé au détachement de protection de l’ambassade de France à Beyrouth. Il est décrit comme étant équipé d’une mitrailleuse de 7,62 mm.

 

VAB Gendarmerie 6803-0611 – Villodrigo - Archives Didier Lecru

 

Son nom de baptême, Villodrigo, fait référence à la bataille de Villodrigo, livrée le 23 octobre 1812 pendant la guerre d’Espagne. La gendarmerie impériale s’y est illustrée par une charge décisive contre les troupes britanniques. Cette victoire figure parmi les faits d’armes inscrits en lettres d’or sur le drapeau de la Gendarmerie nationale.

 

VAB Gendarmerie 6803-0611 – Villodrigo - Archives Didier Lecru

 

-693-0359 – Hondschoote :

 

Le deuxième véhicule est identifié sous le nom de Hondschoote et porte l’immatriculation 693-0359.

 

Il s’agit également d’un Renault VAB P, équipé d’une mitrailleuse de 7,62 mm. Sa configuration technique est connue comme comprenant un moteur MAN, sans poutre de renfort, sans hydrojets et sans treuil.

 

Le nom Hondschoote renvoie à la bataille de septembre 1793, victoire historique associée à la Gendarmerie nationale et considérée comme la première victoire inscrite sur son drapeau.

 

L’immatriculation 693-0359 est celle rapportée dans les informations disponibles pour ce véhicule. La documentation publique consultée ne permet toutefois pas d’établir avec une certitude absolue la correspondance entre cette immatriculation, le nom Hondschoote et les différentes photographies des VAB bleus prises à Beyrouth. 

 

VAB Gendarmerie 693-0359 – Hondschoote (?) - Source inconnue

VAB Gendarmerie 693-0359 – Hondschoote (?) - Archives "Aquitain"

 

-693-0354 – Villeneuve-d’Ascq, puis Cherbourg :

 

Le troisième véhicule, le premier à être engagé au Liban selon certaines sources, est un Renault VAB P portant l’immatriculation 693-0354. Selon diverses sources, il est présenté doté d'un moteur MAN, sans poutre de renfort, sans hydrojets et sans treuil. 

 

Son premier nom de baptême connu est Villeneuve-d’Ascq car il était mis en œuvre par l’Escadron de Gendarmerie Mobile (EGM) 2/5 qui était alors caserné dans cette ville du Nord.

 

VAB Gendarmerie 693-0354 – Villeneuve d'Ascq - Source inconnue

 

Il s’agit du VAB dont le parcours opérationnel est le mieux documenté. Engagé au Liban de mars à juin 1984, il participe à la protection des emprises diplomatiques françaises et du consulat de la rue Clemenceau, à Beyrouth-Ouest.

 

À la fin de 1984 ou au début de 1985, lors de la relève du détachement par l’EGM 4/9, le VAB prend le nom de Cherbourg. 

 

 

Une présence de la Gendarmerie qui se prolonge jusqu’en 1998

 

Les trois VAB bleus appartiennent à une période bien précise de la présence française au Liban : celle du milieu des années 1980 et de la protection des emprises diplomatiques de Beyrouth. Ils ne doivent donc pas être assimilés à l’ensemble des moyens employés par la Gendarmerie au Liban pendant toute la durée de sa présence.

 

Après le départ de la force multinationale en 1984, les gendarmes mobiles poursuivent en effet leur mission de protection. Selon le Service des archives et de la Mémoire de la Gendarmerie, leur présence au Liban se prolonge jusqu’en 1998.

 

Cette durée témoigne de l’importance accordée à la sécurité des représentations diplomatiques françaises dans un pays durablement marqué par les affrontements armés.

 

VAB Gendarmerie 693-0354 – Villeneuve d'Ascq - Archives DR - Collection Servir & Défendre

 

 

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L'année 2011 est marqué par l'apparition de MilinfoPlus, le complément indispensable de Milinfo et traitant de sujets uniques.

 

 

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Les Milinfistes nous encouragent à ne pas arrêter l'aventure qui reprendra en septembre 2004 sous une nouvelle version mensuelle. La numérotation repart à zéro avec cette "nouvelle version"...

 

 

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